Collectivités : sécurité

Cyberattaque en collectivité : « trop petits pour être ciblés », vraiment ?

Une adresse de service usurpée, des messages envoyés en masse en son nom, et l'impression que rien n'aurait pu l'empêcher. Ce fatalisme se comprend, mais il se trompe de diagnostic.

Par François-Guillaume Ribreau, CEO & CTO, Co-fondateur

Mis à jour le 1 octobre 2026

Après une attaque, 2 réactions reviennent souvent : « on est trop petits pour intéresser quelqu'un » et « si quelqu'un veut entrer, il entrera ». Elles se contredisent, et elles passent à côté de la façon dont fonctionnent la plupart des attaques.

Ce qu'on entend en collectivité

Collectivitéles données des habitantsTrop petitspour intéresser ?une questionentendue en collectivité
  • « On a déjà vu une adresse de service usurpée pour envoyer des mails en masse. »
  • « On a l'impression que, quoi qu'on fasse, si quelqu'un veut entrer, il entrera. »
  • « On se demande si une structure comme la nôtre intéresse vraiment les attaquants. »
  • « Une collectivité, c'est là que se trouvent les données des habitants : une attaque fait mal. »

La dernière phrase répond aux deux précédentes. Une collectivité détient les données de tous ses habitants, et elle écrit chaque jour à des entreprises et à des usagers qui lui font confiance.

Les attaques ne choisissent pas leur cible à sa taille

Envoi automatiséle même piège pour tousgrandes et petites structures

Une grande partie des attaques par messagerie est automatisée. Le même message piégé part vers des milliers d'adresses, les mêmes mots de passe volés sont essayés partout, et l'attaquant garde ce qui cède. Il cherche une porte ouverte, quelle que soit la cible.

Mieux vaut donc se demander si la collectivité est facile à ouvrir. La réponse dépend de mesures à la portée de toute collectivité, ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

Une adresse de service, une cible de choix

Adresse de servicecompromisedes messages en massevers usagers et partenaires

Les adresses de service (accueil, commande publique, secrétariat) cumulent les fragilités : un mot de passe partagé entre plusieurs personnes, rarement changé, souvent sans double authentification. Une fois l'adresse compromise, l'attaquant écrit au nom de la collectivité à des usagers et à des entreprises qui n'ont aucune raison de se méfier.

Il existe aussi une variante sans compromission : si le domaine de la collectivité n'est pas protégé, un tiers peut envoyer des messages qui semblent venir de lui, sans jamais toucher à la boîte.

Réduire la surface : 3 couches

Double authentificationsur chaque compteUn compte par agentaucun mot de passe partagéSPF, DKIM, DMARCun domaine plus dur à usurper
  • Activer la double authentification partout où l'outil la propose, à commencer par la messagerie, pour qu'un mot de passe volé ne suffise plus.
  • Donner un compte à chaque agent et ne plus partager de mot de passe. En réunissant les boîtes partagées dans un outil comme Chatwoot, chaque agent travaille avec ses propres identifiants, comme nous le détaillons dans notre article sur la centralisation des boîtes partagées.
  • Publier SPF, DKIM et DMARC sur le domaine. Ces 3 enregistrements DNS indiquent quels serveurs ont le droit d'écrire au nom de la collectivité, et demandent aux destinataires de rejeter les autres.

Le dispositif national cybermalveillance.gouv.fr publie des fiches pratiques sur chacun de ces points.

Limiter les dégâts quand ça arrive

!Un compte compromisles dégâts commencent iciDes accès limitésune boîte, pas toutesJournal et sauvegardeson voit, on restaure

Aucune mesure n'empêche tout. L'objectif devient alors de limiter ce qu'un compte compromis peut atteindre et de savoir réagir.

  • Limiter les accès, pour qu'un agent ne voie que les boîtes de son service.
  • Tenir des journaux et des sauvegardes, pour savoir ce qu'il s'est passé et restaurer ce qui a été abîmé.
  • Écrire la procédure à suivre : changer le mot de passe, fermer les sessions ouvertes, vérifier les règles de transfert, prévenir les destinataires. Si un accès non autorisé à une boîte touche des données personnelles, la collectivité, responsable du traitement, notifie la violation à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, 72 heures au plus tard après en avoir pris connaissance, sauf si elle est peu susceptible d'engendrer un risque pour les personnes (article 33 du RGPD). Elle consigne chaque violation dans un registre interne et informe les personnes concernées si le risque est élevé (article 34).

Pour les services que nous hébergeons, notre propre posture (supervision, sauvegardes, divulgation de vulnérabilités) est décrite sur notre page sécurité.

Questions fréquentes

Une petite collectivité est-elle vraiment une cible ?

Oui, parce qu'une grande partie des attaques ne vise personne en particulier. Elles sont automatisées et touchent toutes les adresses qu'elles trouvent. Une collectivité détient en outre les données de ses habitants.

Que faire si une adresse de service envoie des mails à notre insu ?

Changez le mot de passe, fermez les sessions ouvertes, activez la double authentification et vérifiez les règles de transfert. Prévenez ensuite les destinataires.

Si quelqu'un a eu accès à des données personnelles, la collectivité notifie la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, sous 72 heures à compter de la prise de connaissance, sauf risque improbable pour les personnes (article 33 du RGPD).

Une usurpation du domaine sans accès à la boîte n'est en principe pas une violation de données, mais elle se signale sur cybermalveillance.gouv.fr, qui peut aussi vous orienter vers un prestataire.

À quoi servent SPF, DKIM et DMARC ?

Ces trois enregistrements DNS déclarent quels serveurs peuvent envoyer des mails au nom de votre domaine, signent les messages et indiquent aux destinataires quoi faire des messages qui ne passent pas ces contrôles. Ils rendent l'usurpation du domaine beaucoup plus difficile.

Réunir les boîtes partagées améliore-t-il la sécurité ?

Oui, sur un point précis : chaque agent travaille avec son propre compte, et le mot de passe de la boîte partagée n'a plus à circuler entre plusieurs personnes.

Faisons le point sur vos adresses de service

Qui y a accès, avec quels identifiants, et ce qu'une boîte unique changerait.